Devenir adulte, le passage de l'enfance volée à la vie d'adulte



Si je retournais là-bas, la majorité des adultes de cette époque, je pourrais lire leur nom au cimetière. Une ligne à très haute tension passe à moins d’un kilomètre mais les officiels affirment encore avoir tout prévu pour la sécurité des populations.
Aucune manifestation quand l’EDF l’a décrétée, cette ligne. Juste des réunions pour savoir qui aurait la chance d’avoir des piquets sur ses terres, donc d’empocher les primes.

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Passer d’une enfance volée à une vie d’adulte !

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Comment font-ils pour accepter leur échec ? Des petits malheurs providentiels leur permettent de ne pas penser à l’essentiel. La maladie, les contrariétés, les obligations professionnelles, familiales... Ah comme, finalement, elle y tient, à son métro ! Comme elle y tient à son commercial. Elle le sait : elle souffrira encore bien des nuits, à l’imaginer se vider dans une autre. Elle le sait : elle serrera encore sa fille dans ses bras en lui murmurant « il n’y a que toi qui comptes. » Elle le sait : elles partiront encore se réfugier chez « une amie », même pas une vraie amie, tellement la confrontation aura dégénéré. Pas tout de suite, il sait : pour la garder il doit « satisfaire ses caprices », la persuader que oui, il a changé le monsieur. Elle sait : si elle se laisse engrosser par ce gnome, il sera naturellement incapable de lui permettre de vivre neuf mois de bonheur, cette félicité dont elle avait rêvé à haute voix au téléphone en me proclamant l’Homme de sa vie. Mais maintenant, elle n’y croit plus en sa voyante ! « Une arnaque. » Triste Karine : tu ne crois plus en ta vérité profonde, ta soif d’harmonie ; alors plutôt que rien, ce sera ce Sébastien ; puis il y aura la vieillesse, la terrible vieillesse à côté de cet individu...
Cette femme-là, cette femme fataliste, cette femme vaincue, convaincue, brisée, piégée, détruite, saccagée, déchiquetée, elle ne peut pas m’Aimer, je ne peux pas l’Aimer. Il l’a emmenée là où il voulait, dans son marasme moral. Comment accepte-t-il son marasme moral ? Il ne le voit peut-être vraiment pas (comme elle le pensait).
Et moi, j’écris. Parce que je suis vivant, et je refuserai toujours l’autre camp. Je la vivrai debout cette vie, debout. Je te l’ai promis, grand Jacques. J’écris, parfois j’en pleure, parfois j’en ris. Sensibilité et dérision.

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( Peut-être un roman autobiographique)

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